Depuis que j'ai l'âge de réfléchir, je râle contre les gens qui profitent du système aux dépends de ceux qui travaillent.
Depuis que je travaille, je vois des faux demandeurs d'emploi qui chipotent, refusent des postes, voire les acceptent et ne s'y présentent pas.
Et ça m'énerve.
Aujourd'hui je suis confrontée à un dilemme (avec 2M, et pas MN comme on le croit souvent).
Je suis allée m'inscrire au Pôle Emploi de mon quartier « difficile ». Je croyais en revenir avec plein d'histoires croustillantes et pas mal de moquerie envers l'institution.
Et bien pas du tout !
Si l'on met à part le fait que j'étais la seule dans la salle d'attente qui avait l'air d'avoir vraiment l'envie et la capacité de travailler (je sais, c'est méchant, mais franchement, vous auriez vu…), j'ai été très bien reçue.
A 15h00, l'heure de mon RDV, mon nom a résonné dans la salle, je me suis levée d'un bond. Moi qui étais habituée à l'ambiance feutrée du cabinet de « chasseurs de têtes », cela m'a rappelée à la réalité.
Bien que les Assedics et ANPE aient fusionné (la conseillère elle-même m'a dit que c'était de la science fiction), on est d'abord reçu par un conseiller Ex-Assedics qui reconstitue le parcours, puis par un ex-ANPE qui parle de la suite et de la recherche. Et ils ne se parlent pas entre eux.
La reconstitution, donc, s'est faite aisément. J'avais tous les papiers, j'avais imprimé et rempli le dossier, ce qui, vu l'œil agréablement surpris de mon interlocuteur, ne doit pas arriver tous les jours.
Alors que je pensais m'en tirer avec une somme à peine supérieure au Smic net, et que j'en avais pris mon parti, mon conseiller m'apprend à la fin de l'entretien que, bien que l'on calcule l'indemnité sur les 12 derniers mois de salaire + Primes, mon précédent job (beaucoup mieux payé que le dernier) m'a donné des droits supérieurs que je n'ai pas utilisés puisque je ne me suis même pas inscrite entre les deux.
Wahhhh !!!
27% d'augmentation sans bouger l'orteil ! Pendant 2 ans.
Et du coup, je gagne presque autant qu'en travaillant. Si on enlève le transport et les déjeuners du midi fort chers car quartier cher, ça revient au même.
Pour une bonne nouvelle, c'est une bonne nouvelle !
Quand même, c'est pas logique. Si je n'avais pas changé d'employeur et que l'année 2007 avait été magnifique pour cause de grosses primes, ça n'aurait eu aucune incidence sur mon calcul d'aujourd'hui et je serai repartie avec mon SMIC amélioré.
Alors que là, 2007 a été bon mais pas fabuleux. Et ça compte dans le calcul car il y a une attestation Assedics entre les deux.
Dans ce cas précis, tant mieux…
Mon conseiller m'explique que je ne peux partir en vacances que 5 semaines par an et que je dois prévenir dès que je pars 5 jours. Je serai convoquée tous les mois 2 jours avant, et si je ne peux pas, je devrai fournir un justificatif (non, un abonnement au cinéma ou une vente privée, ça ne marche pas…).
J'ai pourtant l'impression qu'il y en a qui ne se gênent pas !
Je repasse dans la salle d'attente peuplée d'individus tout aussi démotivés que la première fournée.
Mon nom résonne à nouveau. Une voix de femme.
Elle est déjà partie. Elle va super vite entre les bureaux vitrés !
Elle a des rollers sous son jean ou quoi ?
Cette femme est super. Elle a tout compris. Elle m'oriente vers un autre Pôle Emploi plus adapté à ma recherche, tout en remplissant mon dossier de manière à ce que cette demande soit traitée au plus vite, elle me fixe un RDV dans ce nouvel endroit pour bientôt.
Vraiment, rien à dire. Ça marche.
Puis, ayant bien compris mon souhait de réorientation de carrière, elle me fixe et me balance cette phrase lourde de conséquences :
« Et conseillère Pôle Emploi, ça vous dirait ? »
Oui !!! Super ! A 300m de chez moi, sortie à 17h, assimilée fonctionnaire. Le confort absolu. Et plus jamais de post sur les grévistes SNCF.
Elle me dit que c'est OK et qu'avec mon profil et sa recommandation j'aurai le job.
C'est assez surnaturel pour moi, mais tentant et totalement adapté à mon souhait d'arrêter de toujours courir après les clients et les candidats.
Je pose la question qui tue : Le salaire ????
C'est là que le titre du post prend tout son sens.
Si je prends ce job, je perds 27 % par rapport à mon « salaire » de chômeuse.
34% de moins par rapport à mon ancien salaire.
50% de moins par rapport à mon salaire précédent et à ce que je «vaux » sur le marché. Moitié prix, on solde tout, profitez-en messieurs dames.
Pour revenir au même point qu'avant, il me faudra donc 100% d'augmentation. Quand on voit comment on souffre pour obtenir 3%...
Gloups…
J'en parle à mon macho préféré qui trouve ça super et m'en détaille tous les avantages : « Tu peux aller chercher les enfants à l'école, faire les courses en rentrant, tu n'es pas stressée, tu as la sécurité de l'emploi, tu es tout près …etc ».
OK.
« Mais mon biquet, déjà qu'avant tu parlais de mon travail en termes peu élogieux car sous payé à ton goût (ton job de merde), là, j'ai peur que tu ne me considères plus du tout. »
« Mais si ! Ne t'inquiète pas, c'est pas pareil. C'est un travail utile à la société » Me dit-il convaincu et convainquant.
J'y crois.
Je me dis que c'est une idée.
Je pourrais même écrire un livre sur cette expérience. J'ai déjà le titre.
« Moi, Flo X, 36 ans, conseillère pôle emploi »
J'ai envie.
Je vais me lancer.
Tant pis pour cet été oisif que je m'apprêtais à passer.
Et puis il casse tout.
Il reçoit un devis pour des fenêtres neuves (qu'on attend depuis 2 mois alors qu'il s'agissait en principe d'une semaine. Ce pays court vers la faillite !).
Il éclate de rire.
Et il dit la phrase qui tue :
« T'as vu, c'est quasiment un an de salaire de conseiller Pôle emploi. Heureusement que je suis là. »
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