Je voudrais faire une petite mise au point sur la carte scolaire.
Pas besoin de faire un sondage puisqu'il en existe déjà et que, a priori, 53% des français sont pour la conserver, 43% seulement prônent sa suppression. (J'ai entendu un dernier sondage ce matin le 29/5 qui parle de 72% en faveur de sa modification... Ah les sondages !)
Mais qu'est ce que c'est la carte scolaire ???
C'est le principe selon lequel un enfant est inscrit dans un établissement en fonction de son lieu d'habitation.
OK. Sur le papier c'est logique.
"Actuellement, la carte scolaire ne concerne que les familles des milieux populaires, ceux qui y dérogent le plus sont les personnels de l'Education nationale et les journalistes!", explique Bernard Toulemonde, ancien inspecteur général et spécialiste du dossier de l'enseignement privé au ministère entre 1981 et 1984.
Et quand ce n'est pas possible par manque de piston, alors il reste la solution du privé.
Pourquoi ceux qui militent pour la conserver le font ?
Apparemment pour conserver le principe de l'égalité des chances.
Pour Faride Hamana, président de la puissante fédération de parents d'élèves (la FCPE revendique 325.000 adhérents) la suppression de la carte scolaire entraînera "la possibilité d'être librement choisi par le chef d'établissement" et sera "la voie ouverte au règne de l'arbitraire". (soit dit en passant, ça exerce pour plus tard, parce que l'arbitraire, il y en a partout après... même si certaines lois essayent de nous rendre tous égaux).
Selon M. Aschieri, la désectorisation totale est "une fausse liberté pour les familles" car celles qui vivent dans les conditions les plus difficiles "ne bougeront pas à cause des transports et des moyens".
Pourtant, Bernard Toulemonde connaît bien le dossier: entre 1981 et 1987, il a conduit une expérimentation de l'assouplissement de la carte scolaire dans cinq départements, à la demande d'Alain Savary, ministre (PS) de l'Education à l'époque.
Il est apparu dans cette expérimentation - abandonnée depuis - que "seulement" 10% des parents avaient demandé un changement d'établissement et que les principaux demandeurs étaient issus des classes favorisées.
J'ai aussi lu et entendu ceci :
« Si on supprime la carte scolaire il y aura l'école des riches et l'école des pauvres. Tout le monde sait qu'en supprimant la carte scolaire il y aura des établissements d'élite et des établissements ghetto. »
Mais ouvrez les yeux !!!!!!
Est ce que ce n'est pas déjà le cas ?????????????
Bien sûr que oui !!!
Primo, les « riches » habitent plus facilement à Neuilly qu'à Saint Denis, ou alors ils déménagent. Les classes favorisées ont déjà créé quelques établissements d'élite. Et leur contraire.
On est déjà dans un vrai cercle vicieux. Dans les endroits où les écoles ne sont pas réputées, le prix de l'immobilier baisse. Et s'y installent les familles les moins favorisées. Et vice versa.
Secondo, quand ils sont attachés à un quartier qui n'est pas au top en matière d'école, ils se font domicilier ailleurs (fausse déclaration, hébergement chez un tiers, achat d'une chambre de bonne dans les beaux quartiers)
Tertio, ils usent et abusent de leurs connaissances et pistons éventuels pour que leurs chers petits aillent dans un meilleure école que celle à laquelle ils sont promis.
Quatrièmement (oui, parc que, après tertio, y'a quoi ????), ils vont dans le privé.
C'est tellement évident ! Comment ne pas voir cela ?
Et vous osez parler d'égalité des chances ?
Prenez ce petit africain d'origine, qui habite à Sarcelles, dans une ZEP. Il est intelligent, vif, sage, il écoute, il ne sèche pas les cours, il apprend, il travaille et il est l'un des meilleurs de sa classe, même s'il a du mal à se concentrer à la maison. Est ce que c'est lui laisser toutes ses chances que de le laisser croupir dans une classe où règne le chaos, où les meilleurs sont montrés du doigt (dans le meilleur des cas…), où le niveau est au plus bas parce que ceux qui ne veulent pas avancer ont jeté l'ancre (et l'encre...) ?
Je ne sais pas si les prochaines mesures seront bonnes, je ne veux pas faire de politique de droite pour faire de la politique de droite et suivre benoitement mon élu. Il m'arrive aussi de ne pas être d'accord et je réfléchis à mon engagement. Mais quand je vois la situation chez moi, je me dis que OUI, la modification de ce principe vieux de 40 ans serait peut-être une bonne chose.
La situation la voici :
Nous habitons dans une ZEP (Zone d'éducation prioritaire). Un quartier très mélangé, où les pavillons de jeunes ménages chassés de Paris ou des beaux quartiers aux prix excessifs côtoient les barres HLM en plus ou moins bon état. Une vraie mixité sociale, qui se passe plutôt bien, en général.
Mes deux filles ont commencé leur scolarité à l'école de la République. Enseignants de qualité, matériel de qualité, classes non surchargées (l'avantage de la ZEP), sorties régulières, gratuité.
D'un autre côté, profs absents régulièrement, pas remplacés la plupart du temps si l'absence n'est pas longue, grèves (il y a eu une année noire. Heureusement je ne travaillais pas et pouvais les garder) etc…
Durant les 3 années passées dans cette école (pourtant pas la pire dans le genre !) j'ai vu des réunions de parents d'élèves presque vides (ils ne se sentent pas concernés ? Et ne me dîtes pas qu'ils travaillent. Les réunions sont le samedi et je les vois traîner toute la semaine 4 fois par jour aux heures de sortie et entrées, ce qui n'est pas compatible avec un travail).
J'ai vu une maman (pas de racisme latent, c'était une blondinette aux yeux bleus) insulter sa gamine de 4 ans d'une manière insoutenable (Mignonne ? Vous rigolez ! C'est une petite conne, une petite salope, j'la vends, j'la donne, mais c'est pas un cadeau !), alors que je lui faisais des compliments sur sa fillette si vive et attachante.
J'ai vu des classes où, au lieu d'apprendre les formes, les sons, les chiffres, on apprenait encore à parler français alors que ma gamine savait déjà presque lire. Parce que dans ces classes, 70% au moins des enfants sont issus de l'immigration.
J'ai vu un gamin de 4 ans courir après un autre dans la classe avec une paire de ciseaux ouverts brandis comme un couteau, sans que sa mère ne dise rien.
J'ai vu des parents bourrés dès 9h le matin.
J'ai vu des gamins de 4 ans aller seuls à l'école.
J'ai vu beaucoup de parents, amenant leurs enfants là comme une corvée, ne leur disant pas un mot. Alors que ce moment est pour beaucoup si magique, si riche en échanges.
J'ai vu qu'après cette école, il y avait le collège. Ce collège devant lequel il y a en permanence des voitures de police. Ce collège classé grande violence. Ce collège où seulement 40 à 60% des terminales ont leur bac. Ce collège dans lequel mes filles devaient forcément aller dans quelques années.
J'ai vu beaucoup de choses qui m'ont dégoûtée.
J'ai aussi rencontré des parents habitant le même quartier. Certains d'entre eux sont devenus des amis. Sur les 6 familles, 5 ont fait comme nous. Dès qu'ils ont eu une place, ils sont partis pour l'école privée, non parce que c'est une urgence maintenant, mais qu'au moment du collège il ne sera plus possible de rentrer dans le privé faute de place.
Ne me parlez pas de moyens, nous payons 700 euros par an, moins cher pour la cantine que dans le public (parce que tout le monde paye la même chose, alors qu'avant les familles riches payaient pour les pauvres.) et elle est plus près de chez nous que l'école publique.
Dans cette école, il y a aussi des petits noirs, des petits arabes, des plus forts, des moins forts, mais tous les parents qui y sont se sentent concernés par l'éducation de leurs enfants, sont décidés à agir dans le bon sens.
Et dans l'école publique, il reste qui ? Quelques familles qui s'accrochent ou qui savent qu'elles auront de toute façon déménagé au moment de l'entrée en 6ème et les autres.
Et là on a quoi ? Un ghetto !! Même avec une carte scolaire omni présente. Alors bon… |