Toute ressemblance avec des personnes existantes est normale, mais pas méchante. Et oui, je sais, ce n'est pas bien de photographier les gens à leur insu. Mais on ne les reconnaît pas.
Ce soir en rentrant par un autre train que l'habituel, c'est à dire bien plus tard, j'ai la tête vide. Beaucoup travaillé, rude journée. Pas le courage d'ouvrir un livre. D'ailleurs, je n'en ai même pas pris ce matin.
Je laisse mon esprit vagabonder sur les gens qui m'entourent, comme à l'accoutumée.
Comme toujours, la moitié a un casque dans les oreilles.
L'autre moitié lit.
Certains ne font rien.
Oui, je sais, moitié + moitié + quelques uns = Plus que 100%.
OK, mais on ne va pas tortiller. C'est juste pour dire qu'il y a en a un tout petit peu qui vagabonde comme moi ce soir.
A côté de moi, la dame est toute recroquevillée contre la vitre. Je découvre plus tard qu'elle tripote un i.phone, toute seule dans son coin. Peur qu'on la voit, qu'on lui vole ?
En biais, la place est libre, car il y a une canette de coca probablement vide sur le siège. Personne n'aura envie de l'enlever, plus simple de s'asseoir ailleurs. Ce sera la dernière place vide. Mais pas ce soir, le train est plein au tiers seulement.
Un peu plus loin il y a un play boy. La quarantaine bien entamée, bronzé, cheveux longs, yeux bleus clairs. Il a un imper mastic et une écharpe Burberry's assortie. Il est beau et il le sait parfaitement.
Mince, il vient de descendre, je n'avais pas fini de le détailler.
Juste devant moi, une géante. Ses genoux me touchent, j'ai du reculer sur mon siège. Elle est en jupe. Tout est grand chez elle. Pas gros, juste grand. Ses mains sont diaphanes, démesurément longues. Assise, elle me dépasse d'une bonne tête.
Elle lit un drôle de livre, dont la couverture est sur la quatrième de couverture. "Les princes du thé", jamais entendu parler. Ça doit être bien, elle a un demi sourire accroché aux lèvres depuis le début du voyage. Mais elle le tient bizarrement, tout près du visage, à 8 centimètres environ. Une chose est sûre, elle n'est pas presbyte.
Elle n'a aucun artifice, aucun bijoux, aucun maquillage. On ne peut pas dire qu'elle est jolie. Ni vilaine. Elle est étrange, diaphane, fragile. Elle est prévoyante aussi, car elle descend à la même gare que moi, mais range son précieux livre dès la gare précédente, alors que j'écris encore lorsque le train commence à ralentir.
Et surprise, elle n'est pas si géante que ça ! Elle me dépasse, certes, mais pas tout à fait d'une tête. Elle est donc plus grande du haut et courte sur pattes. Tout étant relatif par ailleurs.
Dans la rangée suivante, il y a une femme. Elle a un air très préoccupé. Elle crispe le front, les sourcils, les tempes. Elle n'est visiblement pas Botoxée. Elle est sur la même page depuis longtemps, ça doit être compliqué. C'est quoi ? « Le diabète des enfants et des adolescents. Conseils diététiques. Tome 2 ».
En effet.
Alors quoi ? Elle est médecin ? Diététicien ? Ou c'est une maman qui est ainsi préoccupée ?
Je penche pour cette dernière solution.
Enfin, à ma gauche, une dame entre deux âges. Elle est sereine, elle a l'air heureuse. Vraiment. Je n'arrive pas à voir ce qu'elle lit. Ça finit par blanche. Alors quoi ? Dame blanche ? Magie blanche ?
Elle bouge.
C'est collection blanche. Titre : « Un tendre inconnu. »
Une connerie à l'eau de rose, de rose blanche, donc.
Elle aime ça.
Et ce soir, en plus, elle s'est acheté un bouquet de fleurs.
Allez, je suis arrivée, je descends. |