Rassurez-vous, ce titre ne veut pas dire qu'on m'a harcelée, rejetée, discriminée parce que je suis blanche, grosse, handicapée ou que j'habite une banlieue chaude.
Non, en fait, j'ai eu une soudaine prise de conscience, un doute sur ce qu'on avait le droit de faire ou pas, une intuition. Et j'ai bien fait.
Je me demandais si on pouvait demander à un demandeur d'emploi s'il était de nationalité française (quelle que soit son origine, ce n'est pas le problème ici) afin de pouvoir lui proposer un emploi nécessitant l'habilitation secret défense, qui pour moi, a priori, nécessitait d'être français.
J'ai donc téléphoné à la HALDE. La haute autorité de lutte contre les discriminations à l'emploi.
Mais si, vous savez, celle qui hante les nuits des directeurs d'agences d'intérim, provoque les pires angoisses des recruteurs, celle qui invente le CV anonyme comme remède au racisme… Tout ça quoi.
Je me disais que eux, au moins, ils sauraient. Et comme ils auraient la réponse la moins consensuelle, en les suivant je serais sûre de mon bon droit.
Réponse immédiate d'un gentille dame qui me demande mon âge, mon sexe et si j'ai attendu longtemps avant de lui parler.
OK.
Je pose ma question le plus clairement possible.
Sa réponse est aussi on ne peut plus claire :
« Ah, là, madame, vous demandez un conseil. Il faut prendre un avocat spécialisé pour y répondre. Nous ne savons pas vous répondre. »
Hum.
OK.
Je demande si j'ai bien la Halde au bout du fil.
Oui oui…
« Bon, je reformule autrement alors. Disons que je suis candidate à un emploi et qu'on me demande si je suis de nationalité française car le poste demande une habilitation secret défense. Ont-ils le droit ? »
Toujours pas.
Impossible de savoir. Ils ne sont là que pour prendre les plaintes.
C'est hallucinant non ?????
Quand même bien décidée à savoir, je réfléchis un peu et appelle. . . SOS RACISME.
Je parcours un peu le site Internet. En tant que blanche, je m'y sens presque intruse. On y parle de combat, de procès, de scandales. Le climat y est tendu.
J'appelle.
Très gentiment on me dit que le lendemain il y a des juristes spécialisés dans cette question et qu'il faut rappeler.
Je m'y prends à plusieurs reprises avant d'obtenir quelqu'un, et je passe entre plusieurs mains avant d'obtenir une réponse claire, mais ouf ! ça y est ! Je l'ai ma réponse.
Je pose ensuite quelques questions annexes qui embarrassent mon interlocutrice car elles sont embarrassantes.
« J'ai bien compris que je ne peux pas écarter un étranger d'un recrutement, même s'il met 18 mois à obtenir son habilitation (l'entreprise n'a qu'à attendre, hein ?) au lieu de 3 pour un français. OK. Et que vous pouvez envoyer des faux CV pour voir si je fais bien mon boulot de recrutement neutre et sans discrimination. Mais je reçois beaucoup de candidatures d'étrangers vivant à l'étranger. Là je fais quoi si leur CV convient à l'offre ??? »
Couic.
Elle est embêtée. Elle reconnaît que ce n'est pas pratique pour l'entretien. Mais que si je suis prête à leur payer le voyage pour passer l'entretien, je dois les appeler. Bon, après, évidemment, s'ils n'ont pas de logement en France ce ne sera pas pratique non plus.
Je n'ai pas proposé d'héberger toutes mes recrues chez moi !!!!
J'ai juste remercié et raccroché.
2 conclusions :
- Pour un conseil du même genre, appelez plutôt SOS Racisme.
- Heu. Non, je ne vais rien dire… Vous conclurez vous-même !
|