Je reviens sur un sujet sérieux, qui reprend celui de la semaine dernière sur les études, et qui a fait couler pas mal d'encre mais finalement peu de polémique.
Partout, j'entends des jeunes étudiants prometteurs dire : on sait pas quoi faire de toute façon c'est bouché.
Ben moi, si je devais choisir quelque chose aujourd'hui, ça ne serait sûrement pas mon métier actuel.
Ça serait actrice de ciné (pas porno), écrivain style Amélie Nothomb, journaliste, pro du marketing, e.commerçante ou de manière plus réaliste : informaticienne.
Et bien m'en aurait pris !
Etant, en vrai, recruteur en général et d'informaticiens en particulier, je me suis rendue à une conférence cette semaine qui m'a appris pas mal de choses sur cette profession et sur la pénurie à laquelle nous devons faire face.
Je vous livre ici les données principales (attention, il faut avoir un QI minimum, aimer les chiffres, et ne pas avoir envie de se distraire là tout de suite).
Donc, étudiants, si vous ne savez pas quoi faire, devenez ingénieur informaticien.
Je ne plaisante même pas… et oubliez la chanson !
L'analyse du marché de l'informatique en 2008
(en bleu Windows, j'suis sympa)
Tous les pays du monde sont en déficit de compétences informatiques.
* USA : 300 000 postes non pourvus. Aggravation constante.
* Inde : 235 000 et + 230 000 chaque année (Informatique = 4% du PIB)
(19 millions d'étudiants / 2,1 millions de diplômés seulement / 500 000 ingénieurs dont 100000 seulement sont « bien » formés / 40 000 seulement choisissent l'informatique)
* Chine : 500 000 et +500 000 chaque année.
* Worldwide : 6% des effectifs
* En France :
L'informatique représente 9% du PIB
500 000 informaticiens en 2008 (à ne pas confondre avec les chiffres « officiels » qui comptent les informaticiens en entreprise + tous les employés des entreprises informatiques (comptables, secrétaires…))
Aujourd'hui : 40 000 postes vacants.
Selon les hypothèses plus ou moins alarmistes, le chiffre de ce déficit structurel sera de 143 000 à 227 000 en 2015, soit entre 3,5 et 6 fois plus qu'aujourd'hui.
Leur nombre diminue ( -56 000 entre retraites et changements de métier en 2015)
Aucun réservoir de chômage actuellement.
Donc situation critique.
Le pire concerne les spécialistes Sharepoint.
Viennent ensuite, et pour longtemps : dot net, SQL et la BI, télécoms unifiées.
Pourquoi une crise ?
Baisse des investissements. Et 20% des investissements concernent l'informatique (50% aux USA, contraction des marchés publicitaires (moteur de l'économie Internet), crise du secteur financier, 1er client des SSII.
Les avis divergent quant aux conséquences :
- Moins de dépenses publicitaires va ralentir l'investissement Internet, mais le marché peut aussi se recentrer sur Internet qui reste un média moins onéreux.
- Les banques taillent dans les investissements informatiques, mais les maintiennent pour se développer.
- Les entreprises investissent moins, mais éventuellement plus dans outils décisionnels.
Les administrateurs de demain feront beaucoup plus de virtualisation, développement… donc il y aura un nouveau déficit de compétences sur ce métier alors que cela va mieux de leur côté aujourd'hui.
* Investissements faibles actuellement :
Architecture réseau, développement, bureautique.
* Invest. Forts : CRM/GRC, ERP/PGI, BI/Décisionnel, virtualisation, Jeux, Web, Comm. Unifiées, travail collaboratif (Sharepoint, Moss2007)
Il y a quelques années, un projet en Inde coûtait 5 fois moins qu'en France.
Aujourd'hui, c'est 2 fois moins seulement. On tend donc vers moins de délocalisations.
De moins en moins de sous traitance, de plus ne plus d'experts.
Le ralentissement devrait être aussi fort qu'en 93 mais moins qu'en 2002, mais dans tous les cas, le déficit de compétences sera sans précédent.
Nous verrons aussi probablement une hausse du chômage due au décalage des compétences.
C'est l'Argentine qui se développe fortement en informatique aujourd'hui (moins de décalage horaire avec les USA que la Chine ou l'Inde)
Certaines fonctions ne croissent pas car n'ont pas besoin d'être dupliquées avec le volume (Sécurité, par exemple)
Etc etc…
Merci à ceux qui sont encore là et qui ne dorment pas !
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