(lire d'abord le post d'au dessus)
J'avais 6 ans et demi, et l'été, depuis 2 années, j'allais 3 semaines en colonies de vacances dans le jura. Avec mon sac à dos Lafuma ! (le stimuli, le déclencheur, le déclic du pourquoi du comment… ça a sûrement un nom pour les psys)
J'étais malheureuse comme une pierre.
Mes parents me manquaient. Il n'y avait ni portables, ni Internet, ni cartes de téléphone, et nous n'entendions la voix de nos parents simplement qu'en cas d'anniversaire ou pour une raison très grave.
Au bout de 2 semaines, mon père est venu en voyage pro pas très loin, a pris une journée, a loué une voiture et est venu m'enlever de ce panier de crabes pour 12h de pur bonheur.
C'était une journée de pluie intense et pourtant j'ai la sensation d'un soleil magnifique au dessus de nous. J'avais une robe bleue de plein été, un imper brique et des pataugas pour la pluie. Il m'a emmenée dans un grand restaurant, même si je ne mangeais que du poulet frites ou du bifteck frites, il m'a fait goûter du vin, il m'a emmenée au manège, nous avons fait de la barque sur un lac. Il me tenait la main. Me caressait la joue. Me prenait dans ses bras. Il m'a acheté un kiki (le kiki de tous les kikis pour ceux de ma génération) avec un ruban rose. Celui de la photo. Prise ce jour là.
Puis il a fallu se décider à rentrer.
Un déchirement. J'aurais tant voulu rentrer avec lui, me faire toute petite dans sa valise. J'ai pleuré, pleuré…
Pour me consoler un peu, il m'a acheté une quantité qui me paraissait incroyable de bonbons de toutes les couleurs. Des sucettes, des réglisses, des frites, des nounours, des fraises Tagada, des Dragibus, des mini cocas etc etc…
Je les ai choisi un à un, en bavant d'envie.
Il n'était pas l'heure de manger des bonbons ! Je les aurai pour plus tard.
OK. Je l'ai admis et j'ai séché mes larmes. Je suis rentrée avec les autres. J'ai dormi en boule autour de mon kiki (le kiki de tous les kikis, pas ma zezette, pour ceux qui lisent en diagonale). J'ai pleuré encore. Mais j'ai pensé à mes bonbons, qui remplissaient mon sac à dos, qui m'attendaient et représentaient un petit peu l'amour de mon papa qui était reparti loin de moi.
Le lendemain après midi, après une promenade matinale dans la montagne, petit coup de blues. Je m'éclipse alors pour grignoter ma première douceur. Mon sac à dos accroché à mon porte manteaux me paraissait bien léger.
Tu parles qu'il était léger !!! IL ETAIT VIDE !!!!!
J'ai crié, couru voir une monitrice pour lui annoncer qu'on m'avait volé TOUS les bonbons que mon papa m'avait achetés !!!!
La chef des monos est arrivée et hautaine, froide, elle m'a dit :
« On ne te les a pas volés tes bonbons. C'est nous qui les avons partagés entre tous les enfants présents ce matin. Ce n'était pas normal que tu aies tout ça. Tu sais, dans la vie il faut partager ».
J'ai failli m'étrangler avec mes sanglots.
Mais je n'en avais pris aucun !! Je n'en avais même pas eu un seul pour moi !!! J'avais beau protester, cette chienne s'en foutait. Je l'aurais étranglée si j'avais pu. Je l'ai sûrement fait en rêve.
Voilà pourquoi maintenant, je me sers d'abord. Et on voit s'il en reste pour les autres…
Toute cette histoire m'est revenue simplement en voyant ce sac à dos.
Vous croyez que je peux porter plainte 28 ans après ??????????
En explorant ma mémoire et en tapant "partage" sur mon Google interne (celui qu'on m'a greffé récemment en espérant qu'ainsi je passerai moins de temps devant mon ordinateur...), je trouve ceci :
Plus petite, comme tous les enfants, j'ai réclamé un petit frère ou une petite soeur. Ma mère, totalement hostile à ce projet, a trouvé la parade pour m'en faire passer définitivement l'envie.
"OK. Mais il faudra partager mon amour. Ainsi, je t'aimerai deux fois mois."
AHHHHHHHH au secours !!!!!!
VOILA POURQUOI depuis, pour moi, PARTAGE rime avec..... Carnage !! (amusez vous à trouver d'autres mots négatifs en "age")
|